POLYCHROMES

TOUTES LES CULTURES LGBT : ARTS VISUELS - PRATIQUES ARTISTIQUES - SPECTACLES VIVANTS - CHORALE - SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES - LITTERATURE - DECOUVERTE DU PATRIMOINE


RECIT DE VOYAGE | "Lettre à Elise ou mes souvenirs d’Istanbul"

jeudi 18 octobre 2007, par Jacky Siret

Toutes les versions de cet article :

  • français

De retour de Turquie, Jacky, nous invite à partager, au travers d’un récit de voyage et de quelques clichés, ses sensations et ses plaisirs lors de ce passionnant périple :

LA LETTRE A ELISE
Ou mes souvenirs d’Istanbul

André Breton considérait le « Passage Pommeraie », situé dans le centre de la ville de Nantes comme l’un des hauts lieux du surréalisme français. Chacun s’accorde à reconnaître Paris, Ville-Lumière. Alors, que dire d’Istanbul ? Probablement tout cela à la fois. Probablement, l’une des plus belles villes du monde. Istanbul. La Byzance des Grecs, la Constantinople de l’empire Romain. Istanbul, ou l’archaïque côtoie le moderne.

Images sonores : dans toutes les villes du monde, rien de plus banal que d’entendre une sonnerie de téléphone. Ben oui, sauf que dans la ville d’Istanbul on entend « La Lettre à Elise » à chaque fois que retentit la sonnerie d’un téléphone. Dans toute la ville, dans toutes les rues. Mozart, avec sa « Ronda à la Turca » imitant le style des orchestres janissaires turcs, Mozart a du bien impressionner les stambouliotes. La Lettre à Elise, au début ça surprend, très vite cela fait sourire. Sonores, encore : la forte présence de français dans l’histoire du pays a laissé des traces. Il n’est pas rare d’entendre dans la rue : « bonjour monsieur, pardon, ça va, ça va pas, s’il vous plait », même la poste s’identifie PTT.

Et puis visuelles : Turc veut dire FORT. Fort comme un Turc. Juste quelques mots sur les D’jeuns stambouliotes. Ils sont plutôt beaux, plutôt grands et minces, un petit rien dans la hanche. Des visages aux traits fins. Des yeux noirs et, des cils qui n’en finissent plus. Toutes les cover-girls du monde, utilisatrices de mascara activateur de croissance des cils, doivent leur envier cet atout. Par contre quelques années plus tard ça se gâte, ils s’enveloppent un chouia. Ces d’jeuns n’ont qu’un seul défaut à première vue : on ne leur voit jamais que la moitié du visage. Mais quel démon leur a greffé un téléphone portable sur la joue ? Est-ce une simple coquetterie ou une variante moderne du voile ? Samedi 29 septembre : Arrivée à une heure du matin. Heure locale. Au lieu de 15h la veille. Le chauffeur de taxi me propose un bordel dans le quartier de Sultanahmet. Non, non. Je choisis le confort de mon lit. Dix heures du mat, au hasard du Routard, ma première visite est consacrée au Grand Bazar. Pas moins de 4000 échoppes, en fait le plus grand marché couvert du monde. Le meilleur côtoie le pire. Un bon moment, même si je n’y achète rien.

Dimanche 30 septembre

Dès 9 h, visite de Sainte-Sophie. Inaugurée en 537, bien avant la Basilique St Pierre de Rome, elle fut pendant dix siècles le plus grand monument religieux de la chrétienté. Au début du 20° siècle cet édifice devient un musée. La Mosquée Bleue est en face de Sainte Sophie, mais trop de touristes, je remets au lendemain cette visite. Dîner sur une terrasse dominant le musée de la céramique. Trois nanas maxi 18 ans, voilées, mais complètement hystériques, s’installent près de moi, fument le narguilé sans quitter leurs clopes pour autant. Bien intoxiquées à leur âge, déjà. Elles me proposent un taf. Je fais une photo. C’est une fin de journée, en plein ramadan, ceci peut expliquer cela. Le ramazan en Turquie. Au couché du soleil, les musulmans mettent les bouchées doubles. Ils sont tous dans les rues, mangent et boivent dans la rue, tard dans la nuit. En sortant du resto, une montagne de boîtes de coca vides sur un trottoir. Des centaines de boîtes, entassées, là. Je pense à Warhol mais aussi au travail dans la mouvance des artistes d’aujourd’hui. Comme une installation, j’ai trouvé cela très beau.

Lundi 1er octobre

Matinée consacrée au palais de Topkapi. Résidence des Sultans. Dans un immense parc, c’est un rassemblement de kiosques qui évoquent leur tradition nomade. (1° Millénaire avant JC, originaires des steppes sibériennes). Rassemblement de kiosques ou pavillons, comme des tentes plantées dans la nature. Ici, tout y est démesuré, surtout lorsqu’on entre dans les salles consacrées au trésor des occupants. Une avalanche de joyaux et d’objets précieux : une paire de chandeliers de 48 kg chacun en or massif incrustés de 6 666 diamants, un autre de diamant celui-là de 86 carats entouré de 49 énormes brillants. Toutes ces merveilles dans des vitrines à faire pâlir les vitrines de la place Vendôme. Sur la gauche du palais, un harem de 300 pièces où vivaient environ 1 000 femmes, surveillées par presque autant d’eunuques. L’après-midi est consacrée à la Biennale d’art contemporain. Une centaine d’artistes internationaux exposent dans différents lieux de la ville. Je commence par le quartier du textile. Dans les méandres de blocs de béton construits dans les années 60, des vendeurs de tissus ont leurs ateliers. Au milieu des portants de vêtements, le visiteur se perd. Les artistes ont travaillé sur les différents modèles de production, de la consommation et du développement économique à l’époque de la globalisation et des conflits politiques. Comme dab, un peu trop de vidéo. Déjeuner d’un sandwich garni d’un poisson pêché au pied du pont de Galata. Pour 5 YTL, soit 2 euros 50. Le pont de Galata enjambe la Corne d’Or et relie la ville ancienne à la ville nouvelle. Je suis claqué, juste, terminer par une visite du Bazard Egyptien. Authentique marché aux épices.

Le métro de Paris aux heures d’affluence, ça ressemble à une promenade touristique en regard du taux d’occupation au mètre carré du tram stambouliote. Il est dix-huit heures, je suis dans le tram, debout, une main en l’air bien accrochée à l’une des barres du plafond. A cet instant, un jeune homme qui déjà me serrait de très près, ce jeune homme pose délicatement sa joue sur mon avant bras. La possibilité d’un il ? probablement non. Juste une habitude complètement culturelle. Je n’ose bouger. Ce serait avouer un émoi que je ne ressens pas. « Monsieur » se dit « Bay » en turc, bon. Vous connaissez cette devinette ? Quelle différence y a-t-il entre un straight et un gay turc ? Réponse : une demi-bouteille de raki ! Bay, gay, tchin tchin.

Mardi 2 octobre

Je commence par la Mosquée Bleue. La plus célèbre de la ville dont la construction dura près de deux siècles. Plus de 21 000 carreaux de faïence à fond bleu tapissent l’intérieur et en font un des joyaux de l’art musulman.

Après-midi consacrée à la biennale, de l’autre coté de la Corne d’Or, dans le quartier de Tophane. Expo nommée Entre-Polis, dans de vieux entrepôts douaniers face à la mer de Marmara. Entre-Polis, construite comme un labyrinthe urbain, traite des questions de commerce global, du franchissement des frontières, de leurs impacts sur la vie urbaine. Geste visuel fort. Dans un autre entrepôt, le musée d’art moderne : une salle est consacrée à l’artiste Sarkis, né à Istanbul mais vivant à Paris. Au sous-sol, des installations de l’italien Pistolletto… Certaines des œuvres de Pistolletto sont actuellement au MAMAC. Nice.

Mercredi 3 octobre

Retour dans le quartier de Cihangir. Me perdre dans ce quartier, investi par les Kokos (Bobos stambouliotes).

Jeudi 4 octobre

Un taxi pour l’aéroport
Remarque : beaucoup de librairies dans la ville, librairies très achalandées. Dans tous les quartiers et dans chaque vitrine sont proposées diverses littératures, modernes, romans ou bien des livres historiques. Mais je n’ai jamais vu, exposé en vitrine, un seul livre de Orhan Pamuk. Pourtant, en 2006 cet immense écrivain à été récompensé par un prix Nobel. Hasard ou censure ! L’attribution du prix Nobel de littérature à Orhan Pamuk a ainsi donné lieu à des réactions mitigées en Turquie, où il est considéré comme un "renégat" par les milieux nationalistes en raison de déclarations dissidentes sur le conflit kurde et les massacres d’Arméniens en 1915.

A lire : Istanbul Souvenirs d’une ville, Gallimard.

Jacky

Portfolio

biennale biennale grand bazard pécheurs sur le Galata pont de Galata quartier de Cihangir détail de Ste Sophie

2 Messages de forum


RSS 2.0 [?]

Espace privé

Site réalisé avec SPIP
Squelettes GPL Lebanon 1.9