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SHS-L | Regard sur le sociologue Baptiste Coulmont

samedi 20 octobre 2007, par Julien Tardif

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Voici un chercheur français anglophone [1] maitre de conférence à l’université de Paris 8 à propos duquel Poly souhaitait consacrer un dossier thématique. Il aborde de front le thème des sex-shops, des objets du plaisir, ce qui n’est pas courant comme sujet en sociologie des techniques ou en sociologie du commerce de proximité. Vous en conviendrez.

Un autre thème issu de son travail de doctorat porte sur un sujet plus traditionnel : le mariage homosexuel aux Etats-Unis, sous l’angle du regard porté par les religions.

Je vous invite à consulter directement son blog ou suivre le petit sentier balisé par nos soins dans son œuvre déjà bien fournie

Bonne lecture et écoute numériques !

- « Emissions radiodiffusées sur les sexe-shops :»

France-Inter, le 17 août 2007. Après une chronique d’Antoine Germa portant sur la disparition des sex-shops parisiens, une discussion d’une demi-heure autour de la naissance des sex-shops, des vendeurs, des clients et de l’emprise du droit…

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Emissions radiodiffusées France Culture : Le sexe dans l’espace urbain : quelle géographie ? “Planète Terre”, émission de radio présentée par Sylvain Kahn, avec Emmanuel Redoutey, sur France Culture, le 23 mai 2007. L’émission est courte (30 minutes à peine), mais la discussion a pu aborder — de manière pédagogique il me semble — plusieurs aspects de la question.

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« France 3 Île-de-France » Entretien avec deux journalistes de France 3 Paris - Île-de-France (5 janvier 2006, 13h) portant principalement sur les mobilisations sociales opposées à l’implantation des sex-shops. L’interview a lieu après un reportage sur la rue Saint-Denis et ses magasins spécialisés.

émission France 3

« Ses articles de sociologie des techniques : sexe-toys et autres instruments du plaisir »

- « Les plaisirs solitaires compte-rendus d’ouvrage »

Le « plaisir solitaire » n’a jamais été aussi bien entouré : deux ouvrages récents en explorent le territoire de manière très différente. Solitary sex : A Cultural History of Masturbation est une « somme » de plus de cinq cents pages rédigée par Thomas Laqueur, historien de l’Université Berkeley qui a écrit il y a une dizaine d’années Making Sex (traduction française La fabrique du sexe, Gallimard). The Technology of Orgasm est l’oeuvre d’une historienne du textile qui a découvert, presque par hasard, des publicités pour les vibromasseurs dans la presse pour ménagères du début du XXe siècle et a cherché à les comprendre. Le premier ouvrage s’intéresse à la solitude d’une pratique, la masturbation, et à la société des discours sur ce « mal », alors que le deuxième s’attache à la société des pratiques – le vibromasseur est un outil médical inventé pour traiter l’hystérie

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- « Le vibromasseur-godemiché : objet de plaisir »

L’histoire de ces gadgets est peu connue : entre le ridicule de la poupée gonflable et le sérieux des fétichismes, ces objets ont échappé au scrutin historique. Seule Rachel Maines, dans un ouvrage salué et publié dans une prestigieuse collection d’histoire des techniques, s’était attelée à retrouver la préhistoire médicale des vibromasseurs. Technology of Orgasm montre bien comment la technique médicale du massage pelvien, que les bons médecins du 19e siècle tentaient de maîtriser, s’était très rapidement mécanisée. Mais qu’une fois les vibromasseurs entrés dans les premiers films pornographiques, ils étaient sortis aussi vite de l’histoire médicale

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« Sex-shops. Une histoire française Un ouvrage de Baptiste Coulmont (Editions Dilecta, 2007, 263 p., 18€) »

"Les sex-shops semblent former un paysage tellement familier dans certains quartiers - comme les abords des grandes gares parisiennes-, que leur existence est rarement interrogée. Pourtant, les représentations souvent fantasmées qu’ils charrient, tout comme le fait que leur implantation semble pratiquement impensable dans certaines parties de l’espace urbain, suggèrent à quel point ils agissent comme un révélateur puissant d’un certain nombre de « valeurs » de notre société, et ce bien au-delà de la seule sexualité. Ainsi, comme l’explique justement Baptiste Coulmont, il s’agit de remarquer que les dernières décennies n’ont pas été marquées par une libération toujours plus grande en matière de moeurs, mais qu’à rebours de cet évolutionnisme naïf, de nouvelles normes sexuelles se sont en fait érigées, reléguant en particulier la « misère sexuelle », que les sex-shops peuvent notamment servir à appaiser, comme la pire infamie.

Pour démontrer cette thèse, Baptiste Coulmont commence par retracer la construction de cet objet « sex-shop ». Celle-ci débute ainsi à la fin des années 1960. Certes, explique l’auteur, des librairies libertines ont dès les années 1920 fleuri ça et là sur le pavé parisien, mais c’est seulement à l’automne 1970 que journalistes, hommes politiques, juristes et autres sexologues ont commencé à parler des sex-shops, et qui plus est, comme d’une nouveauté. C’est que durant ces années de libération sexuelle, le nombre de magasins à visée érotique connaît une véritable explosion dans la capitale française, passant de 18 en 1969 à 55 en 1972. Reste que la véritable naissance des sex-shops tient surtout au travail de catégorisation opéré par les acteurs énumérés précédemment, autrement dit à la définition de critères qui permet de regrouper des boutiques jusqu’alors disparates.

Pour Baptiste Coulmont, nous sommes ainsi face au même type de processus que celui mis en évidence par Luc Boltanski à propos de la construction de la catégorie de « cadres » en entreprise [1]. C’est donc principalement de l’extérieur que la catégorie des sex-shops se voit paradoxalement dotée d’une existence autonome ; et de manière plus paradoxale encore, ce sont ses adversaires les plus affirmés qui vont se révéler les principaux artisans de cette définition. Il s’agit en l’occurence des autorités policières, politiques et judiciaires qui vont se livrer alors à un « investissement » [2], sacrifiant l’article 283 du Code pénal relatif aux outrages aux bonnes moeurs pour lui substituer un dispositif de contrôle qu’ils espèrent sans doute plus efficace. La protection des mineurs devient, à côté des revendications de tranquillité, le nouveau principe à partir duquel préfet, élus et autres riverains vont s’efforcer de limiter la visibilité, voire l’existence des sex-shops. En guise de riposte, les propriétaires desdites échoppes vont développer pour leur part un discours de légitimation fondé sur l’argument de l’éducation sexuelle, même si certains d’entre eux vont au contraire rejeter toute forme de justification au nom de la libéralisation des moeurs initiée par mai 1968 et qui semble déjà en reflux.

Baptiste Coulmont décrit donc dans ces deux premiers chapitres ce chassé-croisé entre une répression au maillage de plus en plus étroit et le développement des sex-shops et de leurs activités, dont un des principaux résultats est d’aboutir à la spécialisation spatiale de cette activité telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Après leur place dans la ville, le chercheur s’intéresse à la place sociale occupée par les sex-shops, et plus précisément à ce qu’ils peuvent nous apprendre de la « valorisation hiérarchique des pratiques sexuelles » en vigueur dans notre société. Il reprend ce concept à l’anthropologue Gayle Rubin, qui explique dans un article fondateur [3] comment les différents types de comportements sexuels sont systématiquement hiérarchisés dans un groupe social, cette valeur différenciée rejaillissant directement sur la réputation de ceux qui les pratiquent. Franchissant la porte (ou plus exactement le rideau...) des sex-shops et s’appuyant largement sur le mémoire d’Irène Roca Ortiz, Baptiste Coulmont montre alors comment ce classement des pratiques, des personnes et des instruments se retrouve objectivé dans l’organisation spatiale du sex-shop. Ainsi les gadgets « humoristiques », jeux de cartes coquins ou nouilles en forme de pénis, se retrouvent-ils en vitrine ou près de la caisse, de même que les accessoires destinés aux couples, tandis que les vidéos pornographiques, et plus encore les cabines de projection, sont reléguées au fond du magasin. De même les vendeurs développent dans leur discours une typification relativement élaborée des clients qui fréquentent leurs magasins, les couples se situant au sommet de la hiérarchie, au contraire des hommes seuls qui cherchent d’une manière ou d’une autre à rester anonymes tout en venant régulièrement sans pour autant acheter.

Dans la dernière partie, enfin, Baptiste Coulmont s’interroge sur l’homogénéité de la catégorie sex-shops. Il remarque en effet que s’exerce également entre les boutiques mêmes une forte hiérarchisation. Remarquant l’émergence de la catégorie des « sex-toys », elle-même indissociable de la (tardive) légitimation du plaisir féminin, il repère de nouveaux acteurs sur le marché des accessoires érotiques, en particulier des magasins et sites Internet tournés vers une clientèle féminine. Là encore on retrouve au sommet de la hiérarchie des boutiques de mode haut-de-gamme proposant des « sex-toys » au milieu de leurs marchandises plus traditionnelles, tandis qu’à l’autre extrême du spectre se situeraient les « sex-shops glauques », dont le manque d’hygiène et d’entretien n’est cependant pas sans attirer fréquemment une clientèle favorisée...

Au terme de ce parcours, l’étonnement de voir que cette étude constitue la première ébauche d’une « sociologie du petit commerce sexuel » est encore renforcé. Car, comme toute marge d’une société, les sex-shops agissent comme un révélateur puissant du système de valeurs et des tabous en vigueur dans celle-ci. Ainsi que l’affirme Baptiste Coulmont à l’issue de son ouvrage, celui-ci ne constitue qu’une première étape. Il reste notamment, explique-t-il, à effectuer un travail d’observation auprès des producteurs et des intermédiaires de la chaîne du commerce sexuel. Et il s’agit aussi de recueillir les points de vue des consommateurs, entreprise délicate s’il en est".

[1] Les Cadres, la formation d’un groupe social, éditions de Minuit, 1982

[2] Au sens développé par Laurent Thévenot dans son article « Les investissements de forme », dans Convenstions économiques, volume 29 des Cahiers du centre d’études de l’emploi,, PUF, 1986, p.21-71

[3] « Thinking sex : Notes for a Radical Theory of the Politics of Sexuality » dans l’ouvrage dirigé par Carol Vance, Pleasure and Danger : Exploring Female Sexuality, New-York, Routledge, 1992, p.267-319

Par Igor Martinache lien socio

Ses recherches sur le thème de l’homosexualité et du mariage religieux aux USA

- « Emission Le Bien Commun de Antoine Garapon », sur France Culture, diffusée le 29 mai 2004 (invité avec la juriste Gwénaële Calvès).

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- « Églises chrétiennes et homosexualités aux États-Unis, éléments de compréhension »

Quelques années après que les Églises chrétiennes eurent accepté et mis en place la déségrégation, elles rencontrèrent la question homosexuelle. Depuis près de quarante ans, institutionnellement et de manière plus ou moins poussée, l’orientation sexuelle des fidèles comme celle des pasteurs fait l’objet de discours publics et de décisions à caractère juridique au sein des différentes Églises, une crispation autour d’une question qui n’était pas inexistante auparavant…

Revue française d’études américaines 74 n°95 Février 2003

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d’autres articles sur cette question sur son blog

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Notes

[1] Visiting scholar, Institute of French Studies, New York University (Septembre 2000 - Août 2003


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