POLYCHROMES

TOUTES LES CULTURES LGBT : ARTS VISUELS - PRATIQUES ARTISTIQUES - SPECTACLES VIVANTS - CHORALE - SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES - LITTERATURE - DECOUVERTE DU PATRIMOINE


SCIENCES HUMAINES | Regard sur une pratique le bizutage

vendredi 15 février 2008, par Julien Tardif

Toutes les versions de cet article :

  • français

« Pffff c’est un peu extrême leur reportage quand même. En ce qui concerne les WEI [Wek-end d’intégration] en tout cas, ils ont pas l’air d’avoir compris que les gens ne sont forcés à rien, et que ceux qui font de la merde en sont contents ! Je me suis jetée dans la boue au wei, faudrait pas que sos bizutage l’apprenne, ils vont m’ouvrir une cellule psychologique sinon... »

Propos d’un Blogueur d’un site d’étudiants en médecine français

ca vous intrigue cette envie de se faire humilier en public (c’est certainement plus complexe) !? Moi aussi !

Poly a enquété sur l’histoire ancienne de ce rituel qui remonte aux premières facultés du Moyen-Age

Il n’y a pas que les personnes LGBT (lesbiennes gay bi trans) qui sont connues pour leur mise en questionnement des rapports genres & sexualités, un ouvrage interessant nous rapelle que nos cherEs futurs doctoresses et docteurs ont inventé depuis bien longtemps tout un arsenal de rituels autour d’une des variantes pas tres gay de ces questionnements : les « humiliations corporelles et notamment sexuelles »

L’« esprit de corps ». Sexe et mort dans la formation des internes en médecine Un ouvrage d’Emmanuelle Godeau (Editions de la Maison des sciences de l’homme, coll. "Ethnologie de la France", n° 29, 2007, 19€)

« La structure de l’ouvrage suit le parcours chronologique de la formation de l’étudiant en médecine, retraçant les étapes successives qui font l’apprentissage coutumier du spécialiste. Ainsi le premier chapitre traite-t-il des dissections (étape du parcours partagée par tous les étudiants, futurs généralistes comme futurs spécialistes). C’est ensuite toute la période de l’internat qui est retracée depuis le bizutage initial de l’interne (appelé le « baptême ») à son bizutage de sortie du cursus, à la fin de l’internat ou du clinicat (« l’enterrement »), en passant par les « manières de salle de garde » et les tonus qui font le quotidien de la vie de l’internat. Enfin, un dernier chapitre aborde les « revues », spectacles satiriques destinés à mettre en cause la hiérarchie hospitalière et les modes de reproduction professionnels par la mise en scène des travers des patrons.

Sont ainsi abondamment décrites les coutumes communes et les variations locales de chaque internat : divertissements potaches, chansons paillardes, plaisanteries grivoises, déguisements scabreux, mises en scène obscènes et décors outranciers typiques des cérémonies, humiliations corporelles et notamment sexuelles. Par la cohérence de ces rites, un nouveau rapport à la mort et au corps est ainsi progressivement transmis à l’impétrant, soumis à une véritable « contre-éducation » (p.143). Les processus de régression et de déculturation ainsi mis en œuvre prennent systématiquement à rebours l’ordre hospitalier et celui qui prévaut dans la société. « Cette débauche de corps béants, de sexes énormes, de prouesses sexuelles invraisemblables et de gros mots cesse d’apparaître comme une fin en soi, uniquement animée du désir de choquer, mais devient un moyen privilégié, voire paradigmatique pour [les] carabins de s’opposer à l’ordre du monde dominé par la pudeur et la décence (justement prônée par leur éthique professionnelle et prévalant à l’hôpital) » (p.187). »

Source lien socio Par Emmanuelle Zolésio

Un thème de recherche en anthropologie du droit :

un lien vers la lois Royal de 1998 sur le bizutage : Loi sur le bizutage

je vous recommande également la visite du site de l’association française la plus active dans la lutte contre le bizutage SOS-Bizutage

nous sommes de plus en plus nombreux parmis les chercheurs en sciences sociales à se questionner sur l’impact de ces formes de militances associatives dans la tranformation contemporaine du droit (dans une vision anthropologique du droit) nous avons avec cette association encore un excellent exemple de la force de la société civile pour modulé le droit sur celui d’un droit des victimes.

j’en discuté il y a peu avec une substitue de procureur de la Republique et il semble en effet que c’est un thème de recherche qui mérite le plus grand interet. Et pourquoi pas un projet de séminaire en 2009 ?.

Dans une perspective socio-historique ci joint l’excellent texte de Brigitte Largueze Le bizutage : Histoire d’un rituel entre brimades et traditions

Brigitte Largueze est Chargée d’études en sciences sociales à RES (Recherche et Sociétés), 7 rue du Perche, 75003 Paris.

lien vers l’article

Litterature : Solenn Colleter, Je suis morte et je n’ai rien appris de Editions Albin Michel, 360 pages.

« Une histoire de bizutage donc. Mais que l’on ne s’y trompe pas, le propos renvoie crûment à l’expérience du mal et de la souffrance. Que l’on évoque un rituel de passage ne change rien à l’affaire, que l’opération soit une mascarade ancrée dans le folklore estudiantin n’enlève rien au fait qu’il se joue dans cette histoire quelque chose de l’ordre de la désubjectivation. Une mise à mort, fût-elle symbolique, ne s’interprète pas exclusivement du côté du jeu. Il est des enchaînements morbides qui échappent forcément au contrôle ; en enfermant le novice dans une position d’objet on cherche avant tout à lui apprendre la soumission à un ordre absolu, incontournable, une servitude qu’il lui faudra perpétuer pour en être en partie affranchi. Seulement voilà, cette position-là peut s’avérer insoutenable pour quelques pauvres diables égarés dans les méandres de la perversion et on peut craindre pour le coup que certains d’entre eux, laissés sur le carreau, se retrouvent en prise directe avec la folie. Dès lors où le sujet se noie dans ses pensées, qu’il ne parvient plus à articuler un mot, à être dans une sorte de déliaison de l’humain, on peut craindre une fracture psychique, une décompensation dont on ne se relève pas avec seulement de grandes claques dans le dos et de gros éclats de rire. »

Extrait : Blog Calipso

Copyright © Tous les textes et fichiers multimédias présents sur Polychromes.fr sont la propriété de leurs auteurs ou des maisons d’édition et sont protégés par copyright. Si un auteur ou une société accréditée désirent s’opposer à la publication de ses textes, il lui suffit de nous contacter pour qu’ils soient supprimés.


RSS 2.0 [?]

Espace privé

Site réalisé avec SPIP
Squelettes GPL Lebanon 1.9