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LITTERATURE | Prix de Flore 2008 pour Tristan Garcia et sa "Meilleur part des Hommes"

jeudi 13 novembre 2008, par Jacky Siret

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Prix de Flore 2008 :
Tristan Garcia
La meilleure part des hommes (Gallimard)

“Le prix de Flore 2008 a été attribué jeudi 6 novembre, au premier tour et à l’unanimité, à Tristan Garcia pour son premier roman. C’est la première fois depuis la création en 1994 du prix de Flore, du nom du célèbre café de Saint-Germain-des-Prés à Paris, qu’un roman est distingué dès le premier tour à l’unanimité des membres du jury. Fresque des années 1980 à Paris, époque à laquelle le sida fait des ravages dans la communauté gay. Tristan Garcia, 27 ans, philosophe de formation, retrace dans son livre le destin de quatre personnages : deux homosexuels militants, un brillant intellectuel et une journaliste qui observe et raconte. Présenté comme le roman des « années sida », le livre dresse un portrait de groupe, entre tranches de vie et querelles militantes.” (brêves de Têtu).

Dans la rubrique littéraire de POLYCHROMES du 11 septembre dernier, j’écrivais : « Une quasi-unanimité », et puis plus bas : « Attendez vous à être sonné par Tristan Garcia, il fait déjà parti des grands ». J’écrivais aussi : « roman politique, tout est politique ».

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A savoir :

Les Années SIDA

1981, la France ne prend plus en compte la classification de l’OMS faisant de l’homosexualité une maladie mentale.
1982, dépénalisation de l’homosexualité par l’abrogation de l’article 331 du Code pénal et libéralisation des ondes radiophoniques, naissance de Fréquence Gaie. 1983, abrogation de l’article 40 de la fonction publique qui imposait aux fonctionnaires d’être de « bonnes mœurs et de bonne moralité ».
1984, destruction des fichiers de police où étaient recensés les homosexuels.

Naissance de Aides

1984, mort de Michel Foucault, son compagnon et quelques amis fondent Aides. L’association se veut être le médiateur entre le malade du sida, ses proches et le corps médical. Elle affiche une volonté généraliste. Elle intervient sous 4 angles prioritaires : Information, Aides aux Malades, Aide à Domicile, Prévention. Dissensions et discussions internes entre les activités nobles et moins nobles. En 1 année elle gagne 1200 adhérents.
1985, naissance du pôle de Marseille. En deux ans, elle acquiert une dimension nationale. Rançon du succès, sans doute trop généraliste, trop crispée sur le rôle et le statut du volontaire, refus de se diriger vers une forme de professionnalisme : une scission a lieu en 1987. Une partie des volontaires historiques rejoignent Arcat-Sida, association d’aide à la recherche.

Naissance de Act-Up Paris

1989, à l’initiative de 3 journalistes, Act-Up Paris incarne une évolution de l’action militante contre le sida, sur le modèle d’Act-Up New-York. Didier Lestrade en sera le premier président. Ses fondateurs prônent la visibilité publique de l’homosexualité et de la maladie. Le mode d’action retenu est l’opération d’éclat sous le regard médiatique, il s’agit de privilégier le fait militant total sans compromission avec les pouvoirs publics.
Les actions d’Act-Up : Acte de naissance lors de la Gay Pride de 1989, basé sur le visuel : tee-shirt noir, triangle rose et un slogan « silence=death ». Rupture avec les stratégies des autres associations de lutte contre le sida. La cible est la passivité et l’inaction des pouvoirs publics. Le zap, le happening, le die in sont des manières récurrentes d’occuper l’espace public. Mise en scène d’un collectif d’homosexuels et de personnes atteintes en colère.

Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence

Crées en 1979 aux États Unis, et en 1990 en France, les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (SPI) se définissent comme un mouvement radical gai, mixte, engage dans lutte contre le sida.
Habillées en bonnes sœurs, maquillées, elles combattent l’intolérance, prônent la visibilité gaie, répandent en tous lieux les « reliques de Saint Latex » tout en priant pour la paix et la joie universelles.

Les CGL

1994 : Création du GGL (centres gay lesbien) de Paris. Le CGL est un outil de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie. Il est acteur à part entière des luttes menées en faveur des droits des personnes LGBT. Le CGL est la Maison des associations LGBT. Le CGL offre gracieusement aux usagers du Centre des permanences tenues par des professionnels diplômés de soutien juridique, psychologique et social. Les villes de Lyon, Bordeaux, Nantes les années suivantes et puis ensuite : Lille, Rennes, Montpellier…

A cette époque là, ce n’est pas la franche camaraderie entre toutes ces assoces. Plutôt une haine féroce, chacune revendiquant le droit d’exister. Est-ce cela la pire ou « La Meilleure part des Hommes » ? Vingt cinq ans après, je résume :

Que reste-t-il de mes amis
Que reste-t-il de mes paris
Que reste-t-il de tout cela
Dites le moi… tsoin tsoin…

L’heure n’est pourtant pas à la franche poilade. Des hauts des bas, drôles de débats, des gars-dégâts. Des croix sur des listes de noms. De prénoms aimés. Ça ressemble davantage à un cimetière qu’à mon agenda. Tristan Garcia parle de tout cela : Doumé (Didier Lestrade) aime puis voue une haine farouche à Will (alias G. Dustan, mort du sida en octobre 2005, ce dernier faisait l’apologie des rapports non protégés). Aujourd’hui, on parle beaucoup moins de Act Up, mais de plus en plus de recrudescence de MST, de barbaking ou de relapse. Peu ou prou de prévention dans les grands médias (télé, radio…). Les pays émergents ont un mal fou à obtenir des grands labos l’autorisation de fabriquer des génériques. Le SNEG propose aux établissements gay de signer une charte prévention, des préservatifs sont mis à disposition gratuitement presque partout. Un prix Nobel à Françoise Barré-Sinoussi pour ses recherches sur le virus, en collaboration avec le professeur Montagné. Mais tout cela n’est pas suffisant. Selon un rapport récent, 36 000 français ignorent qu’ils sont séropositifs, 14% des infections au VIH sont diagnostiquées trop tardivement. Le nombre de contaminations chez les homo augmente encore de environ 4% chaque année.
Lors de la projection des films du 14ème Festival de Cinéma Gay et Lesbien de Paris, l’ensemble des spectateurs ont pu voir le très efficace clip de prévention de Sida Info Service (le premier baiser, la première fois, la 25e, la 56e fois…). Pourquoi ce clip n’est il pas programmé en « prime time » sur toutes les chaînes de télé ?

La Meilleure Part des Hommes, par Tristan Garcia, Gallimard, 18,50 euros

Barbaking : acte de se contaminer volontairement les uns les autres en toute connaissance. Vouloir porter le virus comme on porte un enfant.

Relapse : relâchement de la prévention, ne plus vouloir se protéger, démission.

Guillaume Dustan - Ecrivain français. Bibliographie dont "Dans ma chambre", "Je sors ce soir", "Plus fort que moi"

Didier Lestrade - Journaliste et écrivain français

Alain Finkielkraut. Philosophe ultra-conservateur. Sa pensée est très marquée par l’anticommunisme des années 1980.