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LITTERATURES | PLUS TARD OU JAMAIS de André ACIMAN

jeudi 19 mars 2009, par Jacky Siret

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Incandescent ce roman. Une très lente et très belle montée du désir. Oui, mes amis, il faut faire confiance aux libraires en général, et en particulier aux responsables de la librairie de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie …. Je n’ai jamais été déçu par leurs offres et leurs conseils.

« Plus tard ou Jamais », une de mes plus grandes joies de lecteur. Le pitch donc : une passion entre deux jeunes hommes : Elio, dix sept ans, italien cultivé mais réservé et, Oliver qui en a sept de plus, américain désinvolte et charmeur. Cet été-là, en Italie, dans la maison familiale de vacance des parents de Elio, au bord de la mer. Elio tombe raide dingue dans le désir comme on tombe dans des profondeurs abyssales. Sans espoir de retour. Mais comment avouer son trouble à Oliver ? Et pourtant, Oliver a tout deviné dès les premiers jours de son séjour. Oliver aussi est troublé et il faudra à chacun d’eux tout un été de chassés-croisés, de pièges et de jeux de piste avant que ces deux-là tombent dans les bras l’un de l’autre.

Forcément, à la lecture d’un texte comme celui-là, toutes ces émotions qui vous mènent au bord des larmes c’est sans doute que cela vous renvoi a votre propre vécu. Forcément, mes doutes, mes espoirs sont aussi ceux de Elio. Forcément. Je cite Elio : « C’est l’été où j’ai appris à pêcher. Parce qu’il aimait ça. À aimer faire du jogging. Parce qu’il aimait ça. À aimer le poulpe, Héraclite, Tristan… ». Plus loin : « Comment se peut-il que quelqu’un n’ait pas la moindre idée que vous souffrez toutes les peines de l’enfer pour essayer de vous rapprocher de lui… » Ou bien : « Ce fut, je pense, la première fois que j’osai vraiment le regarder dans les yeux. D’ordinaire, je jetais un coup d’œil et puis je détournais les miens – parce que je ne voulais pas nager dans l’eau claire de ses yeux sans y avoir été invité…. »

André Aciman est professeur de littérature comparée à New York. Ses phrases, c’est du Satie, des perles comme ça, qui tombent les unes après les autres. Je les ramasse une à une : « et même si c’est tout ce qu’il est disposé à donner, je le prendrai, je me contenterai de moins, même, pour pouvoir vivre avec ces miettes de bonheur. » Gare Saint Charles. 18 heures. Vont-ils concrétiser ou encore passer à côté de leur histoire ? impossible de refermer ce livre. S’asseoir dans le hall afin de traverser les deux chapitres suivants avant de descendre dans le métro.

Voici la fin de l’été, il faut bien que Oliver reparte dans son pays. Le trouble de Elio est évident, mais il a cette chance d’avoir un père tout à ait extraordinaire :

« Écoute, me devança-t-il. Tu as eu une belle amitié. Peut-être plus qu’une belle amitié. […] À ma place, la plupart des parents espéreraient que tout cela passe vite, ou que leur fils retombe rapidement sur ses pieds. Mais je ne suis pas un tel parent. S’il y a du chagrin, chéris-le, et s’il y a une flamme, ne l’éteins pas, ne sois pas brutal avec elle... Le manque peut être une chose terrible quand il nous tient éveillé la nuit, et voir les autres nous oublier plus vite qu’on ne voudrait être oublié n’est pas mieux... Mais ne rien ressentir pour ne rien ressentir – quel gâchis ! […] souviens-toi, notre cœur et notre corps ne nous sont donnés qu’une fois. La plupart d’entre nous ne peuvent s’empêcher de vivre comme s’ils avaient au moins deux vies à vivre, l’une étant le brouillon, l’autre, la version définitive, sans compter toutes ces autres versions entre les deux. Mais il n’y en a qu’une, et bientôt notre cœur est usé et, pour ce qui est du corps, le moment vient où personne ne le regarde, ni n’a la moindre envie de s’en approcher. Maintenant il y a le chagrin. Je ne t’envie pas la souffrance. Mais je t’envie le chagrin. La fin de l’histoire s’éternise sur vingt ans, était-ce vraiment nécessaire ? après de courtes retrouvailles, quinze ans après cet été, Élio devine qu’il ne pourra ni revivre ni se défaire de son passé. Pour circonscrire un désir qui dépasse des frontières toujours rêvées, faut-il faire de sa vie une éternelle nostalgie en se remémorant sans cesse les moments bénis ?

André Aciman est né à Alexandrie en 1951. Il a à peine dix ans lorsque sa famille est contrainte de quitter l’Égypte. Commence alors une vie d’exilé, entre la France, l’Italie et les États-Unis. Installé aujourd’hui à New York, il est professeur de littérature comparée à la City University et spécialiste de Proust. Il est notamment l’auteur d’une autobiographie, Adieu Alexandrie (Stock, 1996) et d’essais consacrés à la mémoire et l’exil, Faux Papiers (Autrement, 2002).

« Plus tard ou jamais » est son premier roman. Traduis de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin. Edition de l’Olivier, 22 Euros Jacky SIRET


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