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LITTERATURES| Larmes Fatales

mardi 9 juin 2009, par Jacky Siret

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Dans la vallée des larmes, de Patrick AUTREAUX

« J’allais avoir 35 ans lorsqu’on a découvert que j’étais atteint d’un cancer. »

Après le choc de cette première ligne, les pages suivantes de ce livre m’ennuyaient. Un urgentiste trop centré sur lui -même, ses problèmes, sa maladie. Cette complaisance narcissique m’agaçait profondément. Et puis on apprend rapidement que l’auteur a longtemps cru qu’il ne lui restait que six mois à vivre. "L’état quasi extatique, ce vide d’une extrême densité, qui m’avait transi juste après qu’on m’eut annoncé que j’avais un cancer, aura été la plus surprenante étape de mon aventure. Et là, tout bascule, pris par la lecture, je ne décroche plus. Pendant ses longues heures d’insomnie, de souffrances insoutenables, Patrick AUTREAUX lit beaucoup : l’écrivain Primo Levi, né en 19 à Turin et mort en 1987 à Turin, c’est l’un des plus célèbres survivants de la Shoah.
Juif italien de naissance, chimiste, il devint écrivain afin de témoigner, transmettre et expliquer son expérience concentrationnaire dans le camp d’Auschwitz, où il fut emprisonné au cours de l’année 1944. Patrick lit le livre « Si c‘est un Homme » : « Primo Levi m’aidait à tirer de mon expérience une autre leçon ». P. Autreaux lit aussi et surtout le « MARS » de Fritz Zorn, cet homme élevé sur la rive dorée du lac de Zurich, Fritz Zorn un enseignant sans passion, mort à 32 ans d’un cancer. Cet homme n’a écrit qu’un seul livre, un livre urgent. Et pour cause, il s’agit du témoignage de sa mort. « MARS aux éditions Gallimard,1979 » est un éventail de pensées d’un homme (l’auteur) qui se découvre progressivement atteint d’une maladie incurable. Non seulement l’ouvrage évoque cette agonie pénible d’être soudainement (et à un âge si jeune) confronté à la mort et à l’absurdité qui lui est inhérente, mais il nous entraîne dans le périple de toute une vie. Car Fritz Zorn se lance implicitement le défi spectaculaire d’expliquer pourquoi il va mourir. (blog de Jérémie Vanden). « La première fois que j’ai lu ce texte j’étais en chimio, se souvient Patrick AUTREAUX. Je ne pouvais pas avoir accès à sa dimension littéraire… Je pense que les interprétations de Mars sont datées, je sais que sa détresse, elle, ne l’est pas. » Il y a aussi son compagnon, Benjamin, universitaire à New York qui revient à Paris pour être proche de l’être aimé. Patrick le rejette : « je n’imaginais pas qu’en commençant mon long périple vers la guérison, j’en commençais un beaucoup plus long… ».

Récit autobiographique. Hallucinants dialogues entre patients dans les salles d’attente des urgences, il y a ceux qui entament une chimiothérapie, d’autres qui sont presque guéris. Patrick est médecin, les premiers le savent posent des questions… L’un guérira, l’autre pas, des liens se tissent, improbables. Je pense à ce dialogue extrêmement fort extrait du « Temps qui reste de François Ozon », lorsque Mervil Poupaud dit à sa grand mère Jeanne Moreau dans le film : « parce que tu vas crever toi aussi… »

Voyage au Nouveau-Mexique, comme LE dernier voyage. Rencontres, aventures sans lendemain, il faut stocker des jouissances, gagner du temps.

Les problèmes relationnels, de couple, d’argent, c’est petit face au devenir de cette fin annoncée.

Patrick AUTREAUX a un cancer des intestins. Comment ne pas penser au SIDA, évidemment maladie mortelle. Évidemment aussi. Mais Patrick AUTREAUX est un malade qui est aussi un homo et non un homo malade. L’auteur se pose des questions, genre : « est-ce que je pensais avant ? est-ce que j’écoutais avant ? est-ce que je vivais même ? il faut bien tenter d’éteindre l’incendie qui allume les pourquoi. L’auteur écrit : « et même si l’âge ne peut donner une vague explication, on s’expose au vain martèlement des pourquoi. Récurrent ce questionnement devant la tragédie d’un homme qui découvre au moment de mourir qu’il n’a pas vécu ?

Sacrée leçon de courage pour ceux qui s’apitoie sur leurs petites misères au quotidien, pour les hypocondriaques, hum, inguérissables. Bravo pour ton courage Patrick.

Dans la vallée des larmes de Patrick AUTREAUX, Gallimard, 2009, 11 euros 90


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