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CINEMA | Rencontre avec l’acteur Gaspard Ulliel et le réalisateur Alain Tasma

dimanche 13 septembre 2009, par Julien Tardif

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Ultimatum est le dernier film d’Alain Tasma qui sortira en salle le 30 septembre

Les niçois et leurs voisins auront le plaisir d’une projection en avant première au Cinéma Variété [1], le 15 septembre 2009, en présence du Réalisateur et de l’acteur Gaspard Ulliel

Synopsis :

"31 décembre 1990. L’ultimatum lancé par l’Onu à l’Irak expire dans quinze jours : si Saddam Hussein n’évacue pas le Koweït, les Alliés disposeront d’un mandat pour utiliser la force. Dans les salles de rédaction occidentales, on parle d’une troisième guerre mondiale. À Jérusalem, l’angoisse est immense : Saddam Hussein menace d’utiliser contre Israël des Scuds chargés d’armes chimiques et bactériologiques. Luisa, 23 ans, franco-italienne, est étudiante en histoire antique à la faculté de Jérusalem. Nathanaël, jeune peintre français, subvient à ses besoins en travaillant comme vigile à Jérusalem-Est. Leur relation, violente et complexe, est sur le mode "ni avec toi, ni sans toi". Comme eux, leurs amis, voisins, connaissances, attendent la fin de l’ultimatum avec une tension croissante. Comment vit-on lorsque la vie est suspendue à un fil ? Que fait-on de ses jours, de ses nuits, quand l’apocalypse est envisageable ?"

Alain Tasma débute dans les années 80 comme assistant de François Truffaut pour le film La Femme d’à côté (1981), puis comme assistant de Jean-Luc Godard pour le film Passion (1982).

Il remporte le prix du public au festival international du court métrage de Clermont Ferrand, en 1989 pour "Jours de vagues", ville qui m’est chère, depuis laquelle d’ailleurs, (enfin d’ici), j’écris cet article. [2]

Il a ensuite orienté sa carrière vers la production pour la télévision comme scénariste et réalisateur avec plus de 20 films à son actif,

Nous retiendrons surtout son cinéma engagé, explorant différentes périodes phares de l’histoire de la politique de la France, un condensé d’expériences que l’on peut rassembler avec le sociologue Ulrich Beck sous la notion de "société du risque". Alain Tasma dans cette perspective traitera notamment de la contamination par le sang, la guerre, la toxicomanie, l’intolérance, le racisme...

Il a notamment réalisé des films historiques, sur l’espionnage durant la "grande guerre", autour de l’intrigante danseuse irlandaise dont le nom de code est Mata Hari (film Mata Hari, la vrai histoire, 2003). Rôle interprété par l’actrice Maruschka Detmers, qu’il rencontra aupres de Jean Luc Godar, dans le film de ce dernier, Prénom Carmen (1983)

Alain Tasma réalisa aussi l’adaptation de la vie de Rastignac célèbre héros de l’oeuvre de Balzac (en 2002).

Il fait tourner en 1994, Nicole Garcia, Barbara Schulz, Romain Duris dans son Film Facteur VIII, sur la contamination des hémophiles

sur ce point je vous renvoie à l’excellent ouvrage de Laurence Lacour, le chant sacré, une histoire du sang contaminé, 1955 - 1983 (Stock, 2008) qui s’intéresse aux deux communautés des hémophiles et des homosexuels unies dans un même sort tragique dans les années 80 par le drame de la contamination aux hépatites et VIH. [3]

Il traite également des à côtés et des suites de la guerre d’Algérie, dans Harkis (2006) l’histoire de la non intégration dans les années 70 de ces algériens ayant choisis la France, ou dans Nuit noire, 17 octobre 1961 (2005), où il relate le drame d’une manifestation d’algériens à Paris, qui subissent interpellations et meurtres à la vue des cadavres repêchés dans la seine.

Il réalise la première fiction à traiter du rôle ambigu joué par l’armée française dans le conflit qui a déchiré le Rwanda en 1994 (Opération Turquoise, 2007)

Le regard aiguisé et sans complaisance d’Alain Tasma sur le milieu policier est tout à fait novateur.

Il accompagne avec sa série à succée en 4 épisodes, à cran (2003) puis à cran 2 ans après (2004), la montée des thèmes de la souffrance au travail, mis en avant en sciences sociales par les travaux de Christophe Desjours à la fin des années 90. [4]. Mal-être au travail qui contamine l’ensemble de la vie personnelle poussant parfois jusqu’au suicide, soulevant le voile du silence sur la vie de policier et la difficulté de travailler en banlieue dans la tension permanente de la traque des réseaux de drogue, de prostitution.

Thème politiquement sensible, sujet de grands débats entre les politiques, les syndicats de police, les experts qui font leur carrière sur le thème des violences urbaines, et les sociologues de la délinquance qui tentent de ne pas « souffler sur les braises ». [5]

Il fait grand bruit avec la série commandée par M6 Les bleus, premiers pas dans la police (1ère saison, 2006, 2ème diffusée en 2009, 3ème en production) qui traite directement de la question des minorités dans la police (Arabe, gay) dans ce milieu encore bien peu enclin à ouvrir les yeux sur ces réalités. L’acteur belge Nicolas Gob, qui joue l’un des policiers homo, avait auparavant déjà tourné dans le film un amour à taire (2005), où il jouait le frère hétéro d’un homosexuel qu’il dénoncera et qui mourra des suites de sa déportation, puis dans le téléfilm Sa raison d’être (2008) où il campe le meilleur ami d’un homosexuel durant les années SIDA.

Le téléfilm, La surprise (2006), fut l’occasion pour le réalisateur de traiter de l’amour lesbien ou plutôt de l’amour entre deux femmes, puisque le réalisateur ne se définit pas comme un militant de la cause. « Au fond, je n’ai rien à dire sur l’homosexualité (c’est bien ou ce n’est pas bien, il faut comprendre, etc.), notamment parce que je me méfie des discours de tolérance un peu mous. La tolérance ne se décrète pas. Auparavant, il faut que ça grince, que ça travaille, que ça heurte, même ; il faut prendre le risque d’affronter ses propres préjugés. » Alain Tasma  [6]

La rentrée à Nice avec Ultimatum, nous réserve une autre surprise et de taille, la rencontre avec Gaspard Ulliel, qu’on ne présente plus, jeune acteur (24 ans) avec déjà des rôles principaux dans de grosses productions françaises (Un long dimanche de fiançailles en 2004 de Jean Pierre Jeunet) et étrangères (Hannibal 4 de Peter Webber, en 2007). On le retrouve également à l’affiche du film d’André Téchiné, les égarés (2003) qui filme les années 40 durant la seconde guerre mondiale, dont le thème, survivre durant la guerre, coupé du monde dans une maison sans commodité à la campagne, n’est pas sans lien avec le sujet traité par Alain Tasma dans Ultimatum

Autre lieu autre temps, Alain Tasma, comme André Techiné, font partis de ces réalisateurs engagés qui n’ont jamais cru à la mythologie narcotique du progrès, dans un monde où les risques sociaux sont notre expérience la mieux partagée.

Je vous laisse sur cette réflexion d’un historien américain, qui nous invite à la fois â être prudent devant l’idéologie des beaux jours devant nous, mais également à ne pas se roborer avec les images d’Epinal du passé.

« Si un étrange effet de l’idée de progrès, est d’affaiblir la tendance à formuler des réserves intelligentes sur le futur, la nostalgie, sa jumelle idéologique, sape la capacité à faire un usage intelligent du passé ». Christopher Lash, le seul et vrai paradis, l’idéologie du progrès et ses critiques, Flammarion, 2006.

Portfolio

Notes

[1] 5-7 bd Victor Hugo, 06000 Nice

[2] Le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand est le plus connu de France, il en est à sa 32ème édition, http://www.clermont-filmfest.com/

[3] « Il lui fallait raconter le calvaire des hémophiles, qui bleuissent le ventre, les jambes et le dos, font gonfler les articulations, suscitent d’atroces douleurs. Vivre, malgré tout, en évitant tout objet contondant, jusqu’aux croûtes de pain. Henri Chaigneau fondateur de l’association française des hémophiles, fit de la France le pays pionnier des activités médico-sociales pour hémophiles dans les années 50. Il resta fidèle aux enseignements de la Résistance, refusant tout commerce du sang comme il se pratique aux Etats-Unis pour s’en tenir aux dons du sang qui, malheureusement, ne peuvent satisfaire une demande qui explosait. A mesure des progrès en hématologie, l’espérance de vie s’allongea, les hémophiles sortaient de leur chaise roulante. La découverte du fractionnement du sang permit de transfuser utile et rapide, en injectant seulement le facteur de coagulation manquant. Malheureusement, les poches de concentré transportaient la vie mais aussi les virus, l’hépatite B puis C, le sida. Et soudain, le destin des hémophiles rencontra celui des homosexuels, deux communautés marginalisées en quête d’une liberté au prix exorbitant ». Sources : le Journal du Dimanche.fr article du 14 décembre 2008

[4] Souffrance en France - La banalisation de l’injustice sociale, éditions du Seuil, 1998, 183 p

[5] Je vous renvoie au travaux de Laurent Mucchielli, sociologue de la délinquance, http://www.laurent-mucchielli.org/.

[6] Source : Univers L.com http://www.univers-l.com/. Le site Univers L.com travaille à promouvoir la représentation lesbienne sur les écrans. On peut lire également ce commentaire le rapprochant d’autres choix de scénarios comme dans « les bleus… » : « Je crois que c’est la première fois que la télévision française présente une femme beur, forte et maîtresse de sa vie qui soit lesbienne et l’assume ouvertement. Un sacré portrait qui espérons-le, ouvrira la voie ». Le film a obtenu le prix du Public au Festival de Luchon en 2006

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