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LITTÉRATURE | L’amant russe, un roman de Gilles Leroy

samedi 27 février 2010, par Jacky Siret

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Vertige de l’amour

Devinette : qui parle le mieux de la beauté des hommes ? réponse : l’écrivain Gilles Leroy. Ami lecteur, c’est en ces termes et sur ce même site, que je te communiquais mon enthousiasme à la lecture du Goncourt 2007 : « Alabama Song » de Gilles Leroy.

À l’époque, j’avais décidé d’acheter d’autres livres du même auteur. Mais pourquoi ai-je tant attendu ? Et puis, mais bon sang mais c’est bien sûr, comme une urgence, il me fallait lire « L’amant russe ».

Mots et Merveilles. « L’amant russe » : Le narrateur dit être né à seize ans à Leningrad. Seize ans et demi (mais le demi ne compte dit le narrateur). Il a lut tout Troyat, tout Dostoïevski… De parents communistes français, il participe à un voyage d’étudiants. Un mois en Russie.

Texte tout aussi troublant, sensuel voire érotique que celui de « Alabama Song ». Gilles Leroy sait le mot qui renverse les garçons sensibles. Et les autres. Page 30, le paragraphe tellement attendu, même que tu l‘as lu plusieurs fois, histoire de s’imprégner du personnage : « c’est alors que je l’ai vu. Il m’observait franchement, les sourcils arrondis et la tête de côté tel un chat surpris par sa première souris mécanique. (…) J’ai su qu’il n’y aurait plus rien au monde. La grande éclipse faisait son œuvre. J’ai frissonné, la sueur s’est glacée sur tout mon corps. Il a dû le voir et il a souri. (…) Quelque chose naissait et je n’avais plus peur. Peut-être aurais-je dù : prendre le temps de la peur. Mais j’étais pressé, j’avais seize ans, j’étais pressé. ». Lui c’est Volodia, il a vingt-six ans. Dans ce pays, ces deux-là vont-ils avoir le droit de s’aimer ?

Le narrateur (Nitchevo en russe) : « les lits de ta vie n’auront qu’un seul oreiller »

Retour aux premières pages : un des guides russes saute tous les soirs la prof de gym ou une secrétaire de Billancourt, l’instit a une tête de christ syndiqué … Leningrad sue l’ennui et la terre, un ennui moderne nourri d’architecture verticale … Lénine, guérilléros pour les masses soumises… « Je le hais d’appartenir à ce pays, à cette éternité d’un peuple asservi et docile. Quel est l’homme qui se laisse interdire d’aimer ? j’ai seize ans, mon impatience me livre aux injustices de l’âge »

Nitchevo fait du mauvais esprit. Moi aussi. Réponse à cette équation : la vitesse du TGV Leningrad-Moscou multiplié par le temps de remplissage d’une baignoire dont le robinet fuit, divisé par la cote de popularité de Giscard sous Gorbatchev ? réponse : l’ironie est un postulat réactionnaire. Nitchevo est toujours en équilibre précaire, au bord de la rupture, provoquant ces compagnons de voyage et surtout les guides par son refus de complaisance. « Ioura (un guide) dansant le jerk dans des jeans américains, c’est le soviet qui fait les poubelles du grand capital » Il y a aussi la grand-mère de Nitchevo, juive russe, personnage haut en couleur, arrivée à Paris entre deux guerres et qui très tôt avait compris le devenir de son petit-fils : « toi, tu ne peux faire du mal aux filles » Ce roman est l’histoire d’un amour impossible. Un véritable chant d’amour. Moi, lecteur attentif, un peu midinette, j’espérais, j’ai rêvé au fil des pages… Mais : « Volodia, je t’aimerais mal puisque j’étais le mal venu t’aimer ».

Ami lecteur, il faut absolument lire ce livre et, tous les autres livres de Gilles Leroy. À j’oubliais de te dire, à son arrivée en Russie, Nitchevo est vierge.

L’amant russe : Gilles Leroy, édition Mercure de France, 12 euros 50.

Alabama Song : Gilles Leroy, édition Mercure de France, 15 euros. Goncourt 2007


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