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SOCIETE | Kiss-in : quelle militance ? pour quel espace public ?

dimanche 28 février 2010, par Julien Tardif

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Article prolongeant celui de John T. et Jean-Louis Garac sur le Kiss-in dans le nouveau blog de Jean-Louis que je vous invite à découvrir, article pensé suite aux évènements devant l’église Notre Dame du 14 février dernier.

Jean-Louis, réaction sur le Kiss-in

John, 4 raisons pour lesquelles le Kiss-in Notre Dame était stupide

Le kiss-in me semble un mode d’engagement militant qui a pour objectif de dénoncer une expression publique tronquée des sentiments amoureux car uniquement hétérosexuel. Pourquoi les sentiments amoureux des minorités LGBT auraient moins le droit de Cité ?

En cela je n’y vois pas un mode d’action collective inefficace pour ce but en tout cas, s’il est attaché effectivement à ce seul objectif ! D’autant que de nombreux travaux contemporains s’intéressent à la revalorisation de la question du rôle des émotions et des sentiments sociaux et moraux comme un moyen pour lutter entre autre, contre l’invisibilité des groupes minorisés et du traitement qui leur est réservé (voir par exemple mon article sur la domination masculine sur ce site dans sa dernière partie : les éthiques du care, du soin, de la sollicitude).

Regard sur un concept, la domination masculine

C’est avec l’argument que les émotions et les sentiments sont de l’ordre de l’espace domestique qu’on infériorise les femmes et d’autres groupes minorisés, et qu’on réduit l’espace du politique aux questions du « juste », du combat pour « l’égalité », en oubliant toutes les revendications autour de la prise en charge de la vulnérabilité sociale, de la question du bien ou des libertés qu’on ne traite dans le domaine public surtout en France qu’à partir du moment on les différences sont invisibilitées au regard d’autrui. En résumé : nous sommes tous (abstraitement) des « citoyens égaux en droit », contentons nous de cela ?!.

Or on sait qu’il n’en est rien, la question de la « dignité » complète cette maxime, et va plus loin… ouvrant la porte au traitement de la différence dans l’espace public !

Donc un grand OUI au Kiss-in, mais revendiquer devant Notre Dame est en effet très ambiguë et maladroit mais absolument pas mal intentionné nous le savons ! Je renvoie pour cela à la citation reprise par John : « c’est une façon d’interpeller l’Église, de questionner la religion sur la question de l’amour et du mariage entre gays et entre lesbiennes », explique Arthur Vauthier, co-fondateur de ces happenings, et organisateur de celui de la capitale

Mais comme l’indique John cela ne pouvait difficilement éviter de monter les communautés les unes contre les autres !

La pente de l’interprétation que les homos assimilent violence et religion est en effet le risque à courir alors ! Et un kiss-in devant la mosquée de Paris laisserait croire que l’islam et l’islamisme pourrait être synonyme dans la tête de ces mêmes militants.

Il ne faut donc pas avoir de vision binaire de la partition public/privé, c’est à analyser comme continuum entre deux polarités (privé - - ? - - public) ou dans l’interstice se loge tout une myriade d’espaces semi privé semi public qui seraient l’espace des différents groupes de personnes que l’on peut qualifier comme se reconnaissant dans des « marques identitaires collectives » (avec toute la prudence pour ne pas en réifier la logique d’appropriation).

le cas du Kiss-in Notre Dame nous montre bien que le parvis devant une Cathédrale est à la fois du dedans et du dehors, non pas d’un espace domestique mais d’un espace communautaire… il faudrait approfondir davantage sur ce point…

Le problème d’organiser un Kiss-in sur un tel lieu n’étant pas selon moi l’irénisme de la défense de l’appartenance à une commune humanité et donc à la revendication d’un respect mutuel (point central de la visée de la question de la dignité indiquée plus haut), c’est une utopie certes, mais un combat politique majeur à défendre. Or la contribution du Kiss-in à une telle initiative doit être bien comprise pour rendre les services qu’on peut attendre de cette forme de militance.

Je pense qu’il y a une confusion dans les régimes d’engagement militant quand on veut en militant par le baiser (« l’amour » n’est pas un bien qui n’appartient qu’aux hétérosexuels) défendre aussi l’égalité des droits (« interpeller sur la question du mariage »).

Un baiser ne fait pas force de loi : c’est le Maire et le protocole en Mairie, ou le prêtre et l’église catholique qui symbolisent dans le droit ou la tradition pour le second, l’union conjugale qu’est le mariage, et pas le baisé entre les époux. D’autant que les organisateurs du Kiss-in demandent aux personnes membres d’associations LGBT dont le combat porte directement sur cette question de l’égalité des droits de ne pas venir avec banderoles, T-shirt, etc…

Le Kiss-in ne peut donc pas tout, et encore moins comme le suggère Jean-Louis lutter aussi contre le « jeunisme » qui d’ailleurs semble toucher les relations sentimentales indépendamment de l’orientation sexuelle des personnes.

A ce propos, le film Short Bus ne me semble pas mieux armé pour lutter contre le jeunisme car après ce beau baisé entre ce jeune garçon et la personne d’âge mur, ce sont bien des couples d’âge à peu près similaires qui vont jusqu’à l’acte sexuel voir plus loin jusqu’à l’engagement pour une vie sentimentale à deux.

le Kiss-in organisé par des personnes LGBT ne dit rien non plus de la discrimination des couples mixtes éthniques et/ou religieux, ce n’est pas sont but, mais l’essentiel c’est qu’il ne s’y oppose pas qu’il respecte la dignité de ces autres groupes minorisés et voilà en quoi il a selon moi droit de Cité, droit de paraitre sur l’espace public, celui qui allie le combat pour l’égalité et le combat pour la dignité. Mais droit de Cité dans l’espace public à l’extrémité des pôles du privé au public, celui que l’on peut réellement qualifier de n’appartenir à personne sans trop d’ambigüité  [1], ce qui n’est pas le cas de l’intension de s’embrasser devant un édifice religieux, ou le trouble justement sur le respect quant aux autres communautés peut alors être très aisément instrumentalisé par tout un ensemble de personnes mal intentionnées vis à vis des personnes LGBT.

Pour citer cet article

©Julien Tardif

Pour citer cet article Julien TARDIF, "Kiss-in : quelle militance ? pour quel espace public ?", créé le 28/02/2010, http://www.polychromes.fr/spip.php ?article391.

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Notes

[1] sur ce point le lieu du Kiss-in précédent pour le Kiss-in parisien, un parvis de grand magasin n’interfère nullement sur les pratiques des acteurs de la société de consommation, il n’a rien à en dire, et en cela il touche son but sans ambiguïté.


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