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LITTÉRATURE | LE SEL de Jean-Baptiste Del Amo

lundi 14 février 2011, par Jacky Siret

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LE SEL de Jean-Baptiste Del Amo

Une famille décomposée

Il y a des livres comme ça, une lecture juste pour le plaisir de lire un bon livre. Et puis ceux où s’inscrit votre propre histoire. « Le Sel » est de cette nature. J’ai lu deux fois ce livre, en une semaine, pour le plaisir. Pas seulement. Aujourd’hui je crois savoir pardonner à mon père, à ma mère. Pardonner tout ce qui a fait de moi un adulte à l’âge de douze ans. « Les choses sont ainsi, les vivants défigurent la mémoire des morts, jamais ils ne sont plus loin de leur vérité »

La force de ce roman tient dans l’héritage des blessures de chacun des personnages, vécu sur trois générations, une transmission inconsciente mais destructrice. Les drames de l’exode italien gravé dans la mémoire du père. « étrangers les uns les autres, inéluctable décomposition de la famille »

Premier chapitre : Louise – la mère – se lève tôt, heureuse de préparer un dîner pour ses enfants et petits enfants le soir même. 284 pages plus loin, le dîner. Fort des bribes des souvenirs captés au fil des pages, logique, ne seront présents au dîner que ceux des enfants qui auront su se libérer du fardeau du poids de leurs souffrances. Dans ce roman, Jean-Baptiste Del Amo distille les info par flash back : Il y a le temps de Louise la mère, le temps de Armand le père. Celui du patriarche italien, pages insoutenables des souvenirs enfouis de l’exil. Le temps des enfants, Fanny, Albin, Jonas le benjamin. Au fil des pages, chacun se re-construit, y retrouvera la force de pardonner les blessures profondes encore mal cicatrisées de son passé.

Et sinon quoi ?

Il y a Sète : « l’odeur du port … des effluves d’eaux stagnantes, la salinité de l’air, l’odeur de l’acier et du bois des embarcations que le soleil faisait exuder ; des tissus des filles et des voilages chargés d’embruns et des eaux du large … », ou bien « les hommes vont à la mer comme ils vont aux femmes, se lassent des femmes mais jamais du large » Il y a le sel de la vie, le sel sur la peau, le sel richesse minière de la terre sur trois générations.

Il y a les pardons de Louise. Louise la mère, de toute évidence Louise préfère Jonas, son dernier fils, son fils homo. Ma mère à moi avait elle déjà deviné mon orientation ? Notre complicité était elle de cette nature ?

Pardon lecteur il y a moi. A la lecture de ce livre je comprends mieux mon passé. Mon passé, mes parents… j’ai pris conscience sans doute à l’âge adulte que moi aussi j’avais détesté ma mère sans doute entre 10 et 15 ans, sans doute pour mieux l’aimer jusqu’à la fin de sa vie.

Les enfants de Louise portaient le sceau du patriarcat, « de ce clan que tous forment malgré eux », une emprise sur leur propre descendance. Mais les enfants ne sont pas conformes aux souhaits de leurs parents. Qui en souffre le plus ? Parents, enfants ?

Afin de rythmer le récit, le temps des uns, celui des autres, chaque histoire n’est pas forcément chronologique. Il y a la haine du père ou de la mère tour à tour. Fanny, Albin, Jonas se construisent sans comprendre le lourd passé du père, les faiblesses ou les forces de la mère. Comment ne pas s’identifier soi même dans ce récit ? Des parallèles tellement évidentes à son propre vécu. Jonas étudiant parle de la mort de Alain Colas, de la chute du mur de Berlin, de la suppression des législations homo par Badinter, de l’apparition du sida. Du sida et de la mort de Fabrice, son compagnon.

« L’été. Aucune saison ne lui semble soudain plus redoutable. Les jours de désastre sont souvent les jours d’un soleil qui n’en fait paraître que plus impitoyable et d’une violence inouïe cette beauté figée par la lumière… ». Jonas aujourd’hui est un homme libre.

C’est précis, c’est dur et parfois limite soutenable, c’est la vie. Un livre magnifique qui mérite d’être signalé. C’est fait.

Jean-Baptiste Del Amo est né à Toulouse, il est actuellement pensionnaire de la Villa Médicis à Rome.

Le Sel est son deuxième roman, dépôt légal juillet 2010. Gallimard Premier roman : Une éducation libertine, dépôt légal 2008. Gallimard


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