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LECTURE | Dieu existe, je l’ai rencontré

vendredi 11 novembre 2011, par Jacky Siret

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Dieu existe, je l’ai rencontré [1]

Je déconne. Mais non. Non non. Ben vit dans un HLM à New York en plein XXI° siècle. Se fait livrer des pizzas, joue à des jeux vidéo. Il boit de la bière et fume des pétards. Il a des liaisons avec des hommes, engrosse les filles, soigne les malades et euthanasie les mourants …
Je suis entré en amour pour Ben dès les premières pages et j’en veux terriblement à James Frey de m’avoir largué à la page 382. Et pourtant, je cite : « il avait rien de spécial. Juste un blanc. Un blanc ordinaire. Cheveux bruns, yeux bruns, taille moyenne et poids moyen. Juste comme dix ou vingt millions d’autres blancs en Amérique. Rien de spécial du tout » … Oui mais on y croit à Ben, on l’aime Ben. C’est là tout le talent de l’auteur : Me laisser croire que demain c’est moi qui rencontrerai Ben, demain, tout comme ses douze apôtres.
Dans « Last Exit to Brooklyn », Hubert Selby Jr [2] m’avait déjà fait partager la vie de ces paumés des bas-fonds de Brooklyn où le sexe, la drogue, la prostitution sont des exutoires, de tous ces paumés qui cherchent le chemin de la rédemption sans espoir. J’avais de la compassion pour Georgette le travelo, Tralala la pute ou Harry le violent. Mais le Ben de James Frey, je l’aime et toi aussi lecteur tu ne résisteras pas au charme de cette écriture précise, vive, coup de poing.
Plus loin : « il n’a rien dit ; il s’est juste mis à marcher. Nous nous sommes levés et l’avons suivi, et ni lui ni moi n’avons parlé. Comme j’ai dit, mes frères et sœurs, parfois les mots ne fonctionnent pas ». Ou bien : « Je voudrais pouvoir dire à ma fille de trois ans que je l’aime tant et que je veux avoir tout ce qu’elle veut et que je pourrais mourir pour ça et que c’est OK, que le monde est pourri, que la douleur et la souffrance est partout, que les gens se font mal et se haïssent et se tue sans raison. Je voudrais lui dire qu’elle sera OK. Qu’elle va avoir une vie formidable, mais je sais que je mentirais … j’ai pleuré … ça n’allait pas être OK ».
Il y a le récit de Mariaangeles, de Esther, de Ruth, de Adam et de Jérémie et de bien d’autres. Les douze apôtres de Ben. De tous ces hommes et ces femmes qui traverseront la vie de Ben. De tous ces hommes et ces femmes dont la vie sera transcendée.
Tu ne me crois pas ? Une chose est sûre : que tu sois bouleversé ou enragé, tu seras fasciné par ce chef-d’œuvre de James Frey, aussi révolutionnaire et irrévérencieux que profondément sensible.

« Le dernier testament de Ben Zion Avrohom » est l’une des bombes de la rentrée littéraire. « James Frey est certainement l’un des écrivain les plus doués de notre époque » The Gardian. « Un roman étrangement crédible, souvent extrêmement émouvant et parfois hilarant, brillant, chaque page est extraordinaire » Financial Times.
Dans « Le dernier testament de Ben Zion Avrohom », James Frey cherche à traiter le sujet sans cynisme ; il retrace la vie d’un fils de Dieu, de son enfance malheureuse à sa révélation, de ses absences à ses prodiges, et l’histoire, contée par sa mère et 12 apôtres, prend la forme d’un troisième testament …

Critique de Benjamin Fogel de Playlist Society « Lorsque Ben Zion Avrohom professe l’amour libre et la jouissance débridée comme solutions au bonheur terrestre, il ne s’agit pas un trait d’humour de l’auteur, et encore moins d’une mascarade parodique… Ben Zion réalise une inversion du politiquement correct où ce sont les deux autres testaments qui deviennent des textes subversifs. » James Frey  : « Et vous, que feriez-vous si vous le rencontriez ? Mon but n’était pas de réécrire l’histoire du Christ. Je voulais créer une nouvelle mythologie, une qui ait du sens dans un monde d’armes nucléaires, de connaissances scientifiques avancées, d’Internet, de tests et de manipulations génétiques, un monde où l’on ne considère plus l’homosexualité comme un choix. Ce que je voulais, c’était raconter une histoire, faire une œuvre d’art qui prenne tout son sens dans un monde sur lequel nous savons des choses que les gens ou les écrivains ne pouvaient pas savoir, ni même imaginer, il y a 2000 ans. Ai-je atteint mon but ? Les lecteurs, le temps, et l’Histoire me le diront. »

Le Dernier testament de Ben Zion Avrohom, James Frey, Flammarion, traduit de l’anglais (Etats-Unis par Michel Marny) 23 euros

Notes

[1] Dieu existe je l’ai rencontré de André Frossard, né en 1915 et mort en 1995. André Frossard a été journaliste, essayiste et académicien français. Il est le fils de Louis-Oscar Frossard, l’un des fondateurs historiques du Parti communiste français, qui fut le premier secrétaire général du PCF, puis ministre dans les gouvernements du Front populaire. Il a été élevé dans l’athéisme parfait. À 20 ans, il se convertit au catholicisme, dans la chapelle des religieuses de l’Adoration, rue d’Ulm à Paris, dans laquelle il était entré, insouciant, à la recherche d’un ami, André Willemin. Il raconte cette conversion soudaine dans son livre à succès : Dieu existe, je l’ai rencontré. Après la guerre, il collabore à L’Aurore, avant d’entrer au Figaro, puis il est rédacteur en chef de l’hebdomadaire Temps présent, qui fondera Le Monde. Ses livres sont pour la plupart d’inspiration religieuse. En 1990, le pape Jean-Paul II l’a fait grand-croix de l’Ordre équestre de Pie IX. André Frossard est élu membre de l’Académie française le 18 juin 1987 au fauteuil du duc de Castries. Il assure jusqu’à son décès la chronique Cavalier Seul dans Le Figaro.

[2] Last Exit to Brooklyn, premier roman de Hubert Selby Jr, Etats Unis, paru en 1964, collection 12/18


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