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DORMIR AVEC CEUX QU’ON AIME

lundi 20 février 2012, par Jacky Siret

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Du premier au dernier amour

Dans ce roman d’amour et d’errance, Gilles Leroy, après Alabama Song (Goncourt 2007) et Zola Jackson (prix Eté du livre/Marguerite Pulh-Demange 2010), renoue avec la veine intimiste de L’Amant russe (2002). Je vous ai déjà parlé dans une critique récente de Volodia « l’amant russe ». Dans ce roman le narrateur dit être né à seize ans à Leningrad. Seize ans et demi (mais le demi ne compte dit le narrateur). Il a lut tout Troyat, tout Dostoïevski… De parents communistes français, il participe à un voyage d’étudiants. Un mois en Russie.

Dans « Dormir … », l’auteur a la bonne cinquantaine et retrouve sa veine autobiographique. Lors d’une tournée de promo à Bucarest, Gilles s’éprend instantanément de Marian vingt six ans. Gilles et Marian vont devoir composer avec le réel : la différence d’âge, la distance géographique, des emplois du temps inconciliables. Avec la confusion des sentiments, aussi.

« Tomber amoureux, ce jour-là, foudroyé au contact d’une main, me rendit mes seize ans, exactement mes seize ans à Léningrad. Quiconque aura aimé sait ces choses-là entre mille : étreindre une main, c’est tout donner, d’un coup, sans prudence, sans contrat, sans rien. Tenir la main, tous les enfants le savent, n’est pas seulement s’accrocher au passage : tenir ta main, c’est tenir à toi, tenir de toi. Et plus je serre, plus j’entrecroise nos doigts, les entrelace, plus je te dis mon incommensurable besoin, un besoin tel que ta paume me renseigne sur toi. Sur ta paume, j’ai pu lire que tu étais quelqu’un de bien. »

Oui mais quelques mois plus tard, l’inévitable : « c’est ton regard qui n’évite rien des rides ni des bouffissures, des taches brunes ni de la rosacée. J’ai été jeune tu sais. Ne me regarde pas comme ça … »

« L’amour n’est pas un roman facile ». L’auteur raconte cet amour, son dernier amour, peut être. Mais aussi celui des Ceausescu tombés sous les balles en se disant « je t’aime ». Il y a aussi une dimension historique dans ce roman politique, trente de dictature ça marque les jeunes générations d’aujourd’hui. L’architecture stalinienne est encore palpable. « C’était la manie architecturale du dictateur, sa signature. L’ancien plombier recouvrait de tonnes d’or les murs de ses nombreuses demeures à travers le pays … » Gilles Leroy décrit également son arrivée à Belgrade – au cœur de l’Europe – pour une signature de Alabama Song. Les bâtiments de l’ambassade sont tagués de phrases homophobes …

De l’Amant russe à Dormir avec ceux qu’on aime, toute une vie. Une vie d’amour. La nôtre, la mienne ? Gilles, il faut que tu retombes amoureux pour notre plaisir de lecteur. Pour nous donner de l’espoir. A nous aussi.

DORMIR AVEC CEUX QU’ON AIME Edition Mercure de France, 17 euros. L’AMANT RUSSE Edition Mercure de France, 15 euros.


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